Le blog Kenolia

Cultiver son jardin

Extrait de l’enquête documentaire sur l’agriculture française « Le temps des grâces« , réalisé par Dominique Marchais (2009).
Marc Dufumier, ingénieur agronome et enseignant-chercheur dirigeant notamment la chaire d’Agriculture Comparée à AgroParis Tech (INAPG), et membre du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, y explique que l’excédent de la balance commerciale de la France est largement du à une agriculture qualitative et à des produits de terroir haut de gamme (produits labellisés, fromages, spiritueux, etc.) (1).
Un avantage compétitif certain pour un pays développé de petite taille sur un marché agroalimentaire mondial.
Malheureusement les fondements de cette compétitivité sont en péril.

« Le temps des grâces » à nouveau, un extrait dans lequel Claude Bourguignon, ingénieur agronome INAPG ayant travaillé une dizaine d’années à l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), avant la suppression de la chaire de microbiologie des sols, et fondateur du Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols (LAMS), illustre la menace pesant sur les exportations françaises en décrivant les effets désastreux sur la vigne de pratiques agricoles intensives.
La mauvaise gestion du sol a en l’occurrence pour effet une diminution de durée de vie de la vigne ainsi que de la qualité du raisin produit, notamment. Ces deux paramètres influencent directement la qualité du produit final, le vin ou le champagne. De la même manière, des pratiques d’élevage intensives ont notamment pour effet une diminution de l’espérance de vie des vaches laitières et de la qualité du lait produit, ce qui impacte directement la qualité du fromage, un autre produit français massivement exporté.
Une ressource primordiale dans la création de valeur de l’économie française est donc actuellement sacrifiée, il s’agit des sols.

En réalité les enjeux ne s’arrêtent pas à la balance commerciale.

Extrait d’ »Alerte à Babylone » (2005), un film de Jean Druon. Claude Bourguignon y décrit les conséquences de l’agriculture chimique (qui est en fait très largement une pétro-agriculture, analogiquement à l’opposition entre pétrochimie et chimie verte) sur la biodiversité, l’occurrence d’évènements naturels comme l’érosion ou les inondations, mais également sur la santé des êtres vivants dont la survie dépend des sols : les hommes (notamment).
La terre est vivante, mais elle est en train de mourir de notre main.

(1)

« Les exportations s’appuient sur des points forts de l’agriculture française (transformation du lait et du raisin…) », Tableau de l’Économie Française, INSEE, édition 2010.

« Le solde des échanges extérieurs de produits agro alimentaires reste très largement
excédentaire en 2008 mais son niveau perd plus d’un milliard d’euros, passant d’un peu plus de 7 milliards pour chacune des années 2006 et 2007 à un peu moins de 6 milliards en 2008. », Tableau de l’Économie Française, INSEE, édition 2010.